La conclusion des Libres Propos

Cet ouvrage avait pour but d’argumenter en faveur d’une conception de l’enseignement de l’Education Physique que l’on peut résumer de façon lapidaire autour des trois points suivants :

(1) La finalité de l’Education Physique est de préparer les élèves à investir de manière positive, régulière et durable les loisirs physiques et sportifs. Il s’agit d’une éducation citoyenne, considérant les loisirs sportifs comme un lieu essentiel de communication, de solidarité, et d’échange dans nos sociétés.

(2) Cette incitation à la pratique passe par la construction d’une relation de plaisir à la pratique sportive. Une telle relation peut s’instaurer si l’on permet aux élèves de vivre l’expérience de la maîtrise, de la compétence, dans des activités sportives et/ou artistiques culturellement signifiantes.

(3) Il est essentiel que les élèves puissent vivre, au cours de leur scolarité en Education Physique, des expériences sportives authentiques, exigeantes, nécessitant l’acquisition de compétences solides dans les activités pratiquées. Une telle démarche ne semble possible que dans le cadre d’une pratique prolongée, bénéficiant de l’accompagnement d’un enseignant expert dans l’activité.

Nous avons tenté d’étayer de manière systématique nos prises de positions, tant au niveau de l’insertion de l’Education Physique dans l’évolution historique du système éducatif et de la société, qu’à celui des contraintes de l’enseignement dans la réalité des établissements scolaires. Cette conception repose sur certaines options fondamentales. La principale est sans doute l’abandon d’une Education Physique pensée comme une éducation de la motricité. On peut concevoir que cette prise de position surprenne, voire choque un certain nombre de collègues, qui ont été formés dans l’optique d’une éducation motrice, pouvant utiliser les activités sportives mais ne s’y confondant certainement pas. Cette éducation physique naturaliste a tellement dominé la discipline qu’il est très difficile de s’en affranchir, pour parvenir à penser autrement. Or c’est bien le problème qui se pose : la société a évolué, l’Ecole a subi de profonds bouleversements, et si l’on veut maintenir en son sein une Education Physique, il faut sans doute la concevoir différemment, réformer ses finalités, reconsidérer sa place dans la globalité du système éducatif. Les évolutions institutionnelles de ces dernières années ont clairement engagé ce processus de rénovation. Il nous semble que ce qui proposé dans cet ouvrage est assez proche des propositions contenues dans les récents programmes des lycées, et que beaucoup de collègues professent ponctuellement des idées similaires. Nos propositions sont loin d’être révolutionnaires. Nous avons simplement le sentiment d’aller un tout petit peu plus loin, en faisant sauter quelques barrières épistémologiques qui empêchent de penser librement.

Il est vrai que ce faisant nous invitons nos collègues à faire le deuil de certains modes de fonctionnement qui sont ancrés dans la discipline depuis des décennies. La profession est notamment très attachée à la pratique polyvalente, et réticente à toute idée de spécialisation. Nous avons essayé de montrer que cette polyvalence était le produit d’une histoire, qu’elle avait sans doute constitué une réponse logique à un certain moment de l’évolution de la discipline, dans des conditions d’exercice et de formation des enseignants qui ne sont plus celles d’aujourd’hui. Une discipline scolaire doit être capable d’analyser ses dysfonctionnements, d’en rechercher les causes sans exclure a priori aucune hypothèse, et d’évoluer en conséquence. C’est cette réflexion que nous avons tenté d’engager dans ce texte.

Nous n’avons pas toujours été très tendre dans les pages qui précèdent avec nos collègues enseignants d’Education Physique. Nous espérons qu’ils ne nous en tiendront pas trop rigueur. Qu’ils sachent que ce que nous dénoncons, c’est avant tout l’extrême difficulté de leur mission. Quand on connaît les exigences de ce métier, on est stupéfait de constater que l’on considère toujours les enseignants comme parfaitement interchangeables, tous capables d’enseigner avec aisance et pertinence une quinzaine d’activités sportives, quels que soient les publics et les lieux d’exercice. L’Education Physique ne se résume pas à la vitrine des articles des revues professionnelles, où l’on expose surtout ses réussites. Il faut écouter la souffrance des enseignants, qui souvent se posent avant tout le problème d’occuper le temps, avec une activité qu’ils ne maîtrisent que modérément et des élèves qui le sentent bien. C’est aussi en pensant à cela que nous avons tenté de réfléchir à une Education Physique plus réaliste.

Enfin on aura remarqué que si nous nous sommes appliqué tout au long de cet ouvrage à utiliser le terme consacré d’Education Physique, c’est en fait clairement une éducation sportive que nous appelons de nos vœux. C’est sans doute la formule qui résume le mieux nos positions. Il nous a fallu quelques temps pour en prendre conscience et l’accepter. Preuve que nous avions nous aussi quelques tabous dans notre démarche réflexive, que nous avons dû apprendre à dépasser.

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