Pertinence scientifique et légitimité idéologique

Le recours aux modèles psychologiques en éducation physique et sportive

L’éducation physique a toujours été une grande consommatrice de modèles scientifiques, et plus particulièrement, depuis une quarantaine d’années de théories psychologiques. L’objectif de ce texte est d’analyser la manière dont les gens qui théorisent l’éducation physique s’approprient les concepts et modèles scientifiques, appropriation essentiellement sélective, partiale, souvent déformatrice. L’hypothèse principale est que ce qui détermine le « succès » d’une théorie, c’est moins sa pertinence scientifique que sa légitimité idéologique, c’est-à-dire la mesure selon laquelle elle permet de cautionner une représentation de l’élève utile pour l’éducation physique (l’utilité majeure étant celle du maintien de la discipline dans le cadre scolaire). Ainsi depuis les années soixante, l’éducation physique fonctionne à partir d’une représentation de l’élève conçu comme un « individu rationnel », susceptible de piloter intelligemment, rationnellement et délibérément sa motricité et plus largement sa vie. Cette représentation, essentielle pour la discipline vis-à-vis de l’intellectualisme de l’école française, a généré une référence sélective aux théories mettant en avant l’importance de la conscience ou des connaissances explicites, au détriment d’autres modèles parfois plus spécifiques pourtant au comportement moteur. Nous pensons que depuis une dizaine d’années une autre représentation de l’élève tend à supplanter la précédente, pour des raisons par ailleurs tout aussi idéologiques (c’est toujours à notre sens la pérennisation de l’éducation physique à l’école qui est en jeu): l’élève comme « futur citoyen ». Cette nouvelle tendance est susceptible, dans un proche avenir, de bouleverser le champ des références scientifiques « classiques » de l’éducation physique. Nous pensons que dans un premier temps, la psychologie sociale, et notamment les théories relatives à la dynamique des attitudes, des émotions, des motivations, des valeurs, des concepts de soi, vont jouer un rôle de premier plan. A plus longue échéance, on peut supposer que le courant qui se dessine actuellement dans les sciences humaines à partir des principes des théories de la complexité est susceptible de peser fortement sur les conceptions dans l’école en général et en éducation physique en particulier.

Delignières, D. & Garsault, C. (2001). Pertinence scientifique et légitimité idéologique: Le recours aux modèles psychologiques en éducation physique et sportive. In C. Collinet (Ed.), EPS et sciences (pp. 25-42). Paris: PUF.

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