Tanguy va à l’université

Le Conseil d’Etat vient de déclarer illégale, dans l’état actuel des textes officiels, toute sélection en Master. Il enjoint le ministère d’éclaircir par décret le texte de 2002, qui reste muet à ce sujet. Vu les déclarations antérieures des autorités ministérielles, défavorables à toute sélection, il est à craindre que ce futur décret entérine le droit pour tout titulaire d’une Licence d’accèder à tout Master de son choix, et à tout titulaire d’un Master 1 de poursuivre en seconde année. Je rappelle à ce sujet que la conférence des Doyens de STAPS s’est clairement positionnée pour un palier de sélection à l’entrée du Master 1 (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2015/01/14/selection-en-master-la-position-de-la-conference-des-doyens-de-staps-c3d/).

Je peux comprendre la générosité des principes qui guident ceux qui s’opposent à toute forme de sélection. Je rêve aussi d’une université ouverte, libre et accessible à tout étudiant avide de savoir. Mais je gère au jour le jour une Faculté qui s’épuise à devoir répondre sans cesse à des injonctions contradictoires. Accueillir le plus grand nombre, favoriser la réussite en amenant 50% d’une classe d’âge au niveau Licence, le tout évidemment à moyens constants. Veiller à l’insertion professionnelle des étudiants, quand on sait bien que ce n’est pas le nombre d’étudiants qui détermine les opportunités de stages en entreprise, ni l’empan du marché de l’emploi. Construire une recherche de qualité, adosser les formations à cette recherche d’excellence, quand l’investissement pédagogique des enseignants-chercheurs peine à être reconnu et valorisé.

Il faut comprendre que les Masters proposés par les universités ne sont pas que les quatrième et cinquième années des études supérieures. Ils sont actuellement conçus comme des formations professionnalisantes de haut niveau, associant formation à et par la recherche, et stages en entreprise. Ce qui requiert un suivi individualisé des étudiants, de leurs projets professionnels, un modèle qui ne saurait à l’heure actuelle résister à l’absence de sélection. Sauf à dire clairement que le Master n’est rien d’autre qu’une « super Licence » en 5 ans.

Dans de nombreux domaines, la Licence offre de réelles perspectives d’insertion professionnelle. C’est le cas en STAPS, où elle permet notamment l’exercice de professions règlementées. Si la Licence n’est plus conçue comme un palier potentiel d’insertion professionnelle, mais comme un sésame de poursuite d’études, les universités réagiront certainement en ne l’attribuant plus qu’à ceux qui auront les capacités de poursuivre leurs études avec succès jusqu’au terme de la seconde année de Master. La Licence comme concours d’entrée en Master : ce serait une belle réussite… Là où l’on pouvait espérer construire la réussite du plus grand nombre par la diversification, l’orientation, la professionnalisation, on va inciter à la sélection par l’échec.

On se demande à l’heure actuelle quel usage pourront faire les universités des mentions génériques de Master, qui apparaissent dans toutes les disciplines dans le Nouveau Cadre des Formations. La solution est toute trouvée : des mentions « blanches », sans aucune perspective d’insertion professionnelle, qui permettront d’accueillir des étudiants en déshérence face à des enseignants désabusés. Il faudra bien mettre quelque part ces Tanguy de l’université, afin de leur attribuer enfin ce fameux Bac +5. Il est à craindre que les statistiques d’insertion professionnelles des diplômés de Master dont peuvent actuellement s’enorgueillir les universités en pâtissent fortement. Certains parcours de Master 2 MEEF, ouverts au profit des « reçus-collés » des concours de recrutement, ont glorieusement ouvert cette voie d’avenir (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/2014/05/23/masters-enseignement-les-recus-colles-suite/).

Puisque l’on est dans cette voie, pourquoi cette sélection insupportable à l’inscription en thèse ? Tout étudiant titulaire d’un Master devrait avoir la possibilité de s’inscrire en doctorat, évidemment en bénéficiant d’une allocation et d’un directeur de recherche attitré.

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