Le 2S2C : une petite claque pour l’EPS…

Le ministre de l’Éducation Nationale a annoncé la mise en place d’un dispositif « Sport, Santé, Culture, Civisme » (2S2C), destiné à accompagner la sortie du confinement dans les Écoles. Il s’agit d’organiser un accueil des élèves sur des activités physiques et sportives, afin de permettre aux enseignants de se limiter en classe aux 15 élèves maximum prévus par le protocole de déconfinement.

Ces activités devront poursuivre un certain nombre d’objectifs : remise en forme physique et psychologique, lien avec l’éducation à la santé après une période de confinement, enrichissement de la motricité et reconquête d’une pratique corporelle et sensorielle, ouverture à d’autres activités sportives, complémentarité avec les enseignements en matière d’éducation au civisme et à la citoyenneté, et d’une manière générale, des valeurs civiques véhiculées par la pratique sportive et des valeurs olympiques.

Ces interventions, dans le cadre scolaire, seront réalisées par des éducateurs sportifs. Un appel d’offre est lancé par le ministère des sports auprès des fédérations sportives pour l’encadrement de ce dispositif sur le terrain.

Dans la situation actuelle, je peux comprendre que ceux qui ont en charge la gestion de la crise fassent feu de tout bois pour trouver des solutions. Je ne vais donc pas crier au scandale sur le fait que dans une période de crise, et temporairement, on fasse appel à des intervenants extérieurs pour occuper les élèves afin de permettre aux enseignants d’assurer la reprise scolaire avec des effectifs décents. Je crois par ailleurs que les professeurs d’EPS n’auraient guère été enclins à jouer le rôle de bouche-trou pour que les autres enseignants puissent travailler dans des conditions acceptables. On peut par contre avoir quelques craintes au niveau de la possible pérennisation d’un tel système, avec la tentation récurrente d’externaliser de l’École tout ce qui n’est pas considéré comme fondamental (SNEP, 2020). Je pense que l’on n’en est pas encore là, mais la vigilance est toujours salutaire…

J’ai été surtout interpellé par un passage du protocole du 8 mai 2020, signé par le Ministère des Sports, le CNOSF et le Ministère de l’Éducation Nationale, précisant qu’« il est important de distinguer l’EPS des Activités physiques et sportives. L’intervention du Mouvement sportif s’inscrit dans une continuité éducative, une intervention complémentaire fondée sur les objectifs définis ci-après et non en substitution de l’enseignement des professeurs d’EPS ».

Ce qui m’interpelle ici, c’est qu’il me semble que la pratique des activités physiques et sportives est de plus en plus valorisée dans nos sociétés, au plan de la santé, du bien-être, du maintien du tissu social, de la morale et du civisme. Elle est devenue clairement une valeur positive. Mais lorsqu’il est question d’organiser des pratiques éducatives d’activités physiques et sportives au sein de l’École, on prend le soin de préciser qu’il est important de distinguer ces pratiques de l’Éducation Physique et Sportive, discipline d’enseignement.

Ceci doit je pense interpeller la profession et ses représentations. Nous avons si souvent répété que l’EPS ne devait pas être confondue avec les activités physiques et sportives support de son enseignement, que l’EPS n’était pas un entraînement sportif, fût-il polyvalent, nous avons tellement voulu scolariser notre enseignement en le parant des atours des disciplines traditionnelles, que lorsque que l’on pense à un enseignement des activités sportives à l’École, visant les objectifs cités-ci-dessus, on se dit que cela n’a rien à voir avec l’EPS…

J’adhère à la remarque de Guillaume Dietsch et ses collègues (2020) : « force est de constater que nous n’avons peut-être pas su collectivement nous entendre sur ce qu’était notre discipline et les savoirs fondamentaux que l’EPS souhaitait viser pour la formation globale de l’élève. Finalement, si notre discipline manque toujours autant de clarté, ne s’est-elle pas tout simplement enfermée dans une pratique souvent illisible et incompréhensible par le politique et le grand public, mais aussi certains de nos élèves ».

En effet. Il faudrait ajouter que la définition d’une discipline scolaire et de ses finalités ne peut résulter uniquement d’un consensus interne entre les enseignants et les administrations qui la pilotent (même si elle est savamment et doctement étayée). Encore faut-il que cette définition réponde aux attentes de l’École et de manière plus générale à celles de la société. Cet épisode me laisse à penser que l’EPS a sans doute laissé se creuser un certain décalage entre ses certitudes identitaires et la manière dont ses usagers perçoivent son utilité. Cela mérite de se poser un peu pour y réfléchir.

Dietsch, G., Durali, S., Le Meur, L., Rolan, H. & Choffin, T. (2020). L’EPS menacée d’un retour en arrière ? Café Pédagogique, 15 mai 2020

Ministère des Sports/CNOSF/Ministère de l’Éducation Nationale (2020). Protocole relatif au dispositif d’appui à la reprise scolaire « Sport, santé, culture, civisme » en sortie de confinement à destination des fédérations et des clubs sportifs. 8 mai 2020.

SNEP (2020). Pourquoi le SNEP-FSU s’oppose au « 2S2C » ? Dispositif transitoire ou cheval de Troie ? Site du SNEP-FSU, 14 mai 2020

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11 commentaires pour Le 2S2C : une petite claque pour l’EPS…

  1. Durali serge dit :

    Et ça, c’est une petite claque ou un projet politique???

    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10222445701988690&id=1153267340

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    • Bonsoir
      Ce lien est inactif…

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    • FGuédel dit :

      Analyse très intéressante, que l’on pourrait transposer aux professeurs documentalistes. En quête d’identité, leur positionnement au sein des établissements n’est pas aisé et leur rôle souvent mal compris, les uns se revendiquant profs « comme les autres » (mais ça veut dire quoi au juste ?), d’autres s’apparentant davantage à des bibliothécaires (exclusivité à la lecture), d’autres encore à des organisateurs de voyages scolaires, d’autres enfin (mais j’en oublie) identifiés comme personnels de vie scolaire (accueil exclusivement)… et la majorité jonglant entre ces différentes tâches. On peut comprendre toute la difficulté de l’entourage (collègues, parents, chefs d’établissement…), et des professeurs documentalistes eux-mêmes parfois, à saisir les contours de leur mission et le sens à lui donner, dans la formation globale de l’élève en lien avec la mission de l’école.
      Dans un système où règnent en maîtres deux ou trois disciplines traditionnellement jugées comme fondamentales, sans que jamais on ne s’interroge plus avant sur les savoirs réellement fondamentaux au sein de ces disciplines, il me semble que c’est le sens même de l’école et son rôle dans la construction du futur citoyen (et de la société souhaitée) qu’il faut interroger.

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  2. Le Meur Loic dit :

    Comme le dit si bien Jean Michel Blanquer….
    « Être lucide sur le constat » pour éviter que la claque ne se transforme en uppercut…

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  3. deborah fuchs dit :

    cela ne m’étonne pas vos réflexions mais quand on utilise des termes aussi complexe dans les nouveaux programmes de l’école pour désigner l’ancienne natation scolaire voir pour les plus vieux « piscine » et que l’on veut tout compliquer au principe de gagner en crédibilité, on perd en lisibilité et surtout vis à vis des non spécialistes (parents, professeurs des écoles, élèves…) on brouille le message pédagogique et éducatif…

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  4. gellens dit :

    Merci D.Delignieres, il est bon d’avoir un regard distancié et non polémique pour poser une réflexion sur notre discipline.
    Comme vous, je suis partagée sur ce dispositif dont la mise en œuvre peut favoriser l’occupation des jeunes mais dont la présence va nécessairement interpeller la complémentarité avec l’EPS et … l’AS… Par ailleurs, il conviendrait d’interroger la pratique sportive qui ds un cas se trouvera sous protocole sanitaire scolaire avec port de masque, ds l’autre, sous protocole MJS avec un port de masque préconisé seulement qd la situation le nécessitera ! Le choix d’activités possibles ne va pas avantager la discipline…

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  5. Michel ROTA dit :

    Les pratiques physiques de loisirs se diversifient, les pratiques sportives également … les entreprises de ce secteur rassemblées dans le Cluster des Loisirs actifs marchands de l’Union Sport & Cycle (https://www.unionsportcycle.com/fr/accueil ) sont tout à fait disposées pour réfléchir à rendre accessibles leurs infrastructures aux enfants sur des créneaux les moins fréquentés. Il y aurait certainement un mouvement à lancer avec la C3D et nos structures …

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  6. Ping : Vers une mobilisation en acte de la Profession – La salle des profs

  7. GIRARDET dit :

    « une petite claque » …autrement dit « bien fait pour eux » ! Monsieur Delignières êtes vous bien certain que ce qui anime Mr Blanquer est du à un manque de lisibilité de l’EPS ?
    Je fais partie de cette génération, entrée dans la profession au début des années 80 c’est à dire au moment où l’EPS a du s’intégrer à l’Education Nationale et a été institutionnellement mieux reconnue.
    Je ne crois pas que nous ayons à rougir du travail accompli tant en ce qui concerne l’EPS que le sport scolaire et j’ai pu mesurer l’ampleur du chemin parcouru. Je ne suis pas certain que d’autres disciplines dont la place au sein du cursus n’est jamais discutée aient fourni autant d’efforts.
    Jusqu’à la réforme du collège entrée en vigueur en 2016 je pensais que la place de l’EPS était finalement confortée. Ce qui s’est passé à ce moment là a été le début « d’une descente aux enfers » pour la discipline, la suite (évaluation, réforme lycée) a été dans la continuité.
    Non Mr Delignières, il ne s’agit pas d’une « petite claque » sans conséquences pour l’EPS, il s’agit bien de la fin programmée d’une discipline d’enseignement (38000 enseignants…) qui, si les forces vives de la discipline ne s’unissent pas pour mettre Blanquer et consorts en échec est condamnée.
    Si le pire se produit je vous donne rendez vous dans quelques années pour évaluer la pertinence de ce qui aura remplacé des personnels formés à bac+5…

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  8. Ping : 2S2C : Derrière la belle histoire, la grande arnaque – L’Université, les STAPS, l’Education Physique et Sportive

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