Le directeur du département STAPS de Chambéry jette l’éponge

Les directeurs STAPS ont appris avec tristesse l’annonce de la démission de Pierre Bavazzano, directeur du département STAPS de l’Université Savoie Mont blanc de Chambéry. Pierre était membre du Conseil d’Administration de la Conférence des Directeurs et Doyens de STAPS (C3D), respecté et écouté par tous ses collègues. Son investissement pour les STAPS, tant au niveau local qu’au niveau national, était d’une telle consistance que chacun se dit que la coupe devait singulièrement déborder pour qu’il se résigne à laisser tomber.

Le tableau décrit par Pierre Bavazzano révèle tout le mépris de l’université de Savoie vis-à-vis du département STAPS.

  1. Ce département dépend de l’UFR Science et Montagne. Il accueille 1000 étudiants, soit 1/3 des effectifs de l’UFR. Il ne dispose cependant que de 23 enseignants titulaires, sur les 180 affichés par l’UFR. Quelles formations acceptent des taux d’encadrement de 43.5 étudiants par enseignant titulaire?
  2. Depuis la mise en place de ParcourSup, le département STAPS n’a obtenu aucun budget pour le traitement des dossiers, alors que l’université de Chambéry reçoit des crédits fléchés pour la rétribution de ces tâches (60 000 € en 2018).
  3. L’accroissement des capacités d’accueil dans le cadre du Plan Étudiants (60 places de L1, 30 places de DEUST en 2018) n’a été soutenu que de manière partielle en termes de postes. Les accroissements subséquents des capacités d’accueil (15 places en 2020) n’ont été accompagnés que de compensations financières dérisoires.
  4. Bien que participant comme l’ensemble des structures STAPS à la réforme des études de santé, le département STAPS n’a obtenu aucun moyen supplémentaire, alors que le département Sciences de la Vie a obtenu un demi-contractuel.
  5. Alors que le département STAPS participe activement au projet @spire (Accompagnement, Spécialisation Progressive et Individualisation pour la Réussite de tous les Étudiants), et que son engagement est loué par l’université (« les STAPS sont en avance sur le projet @spire, c’est la tête de pont de l’Université sur ce projet»), la filière n‘a obtenu cette année que 60 heures dédiées à ce projet.
  6. Enfin le directeur du département ne perçoit qu’une indemnisation de 66hTD/an, rétribution que chacun appréciera, quand on sait qu’un directeur de département est le plus souvent un factotum multi-cartes, au four et au moulin sur l’ensemble de la gestion de sa structure (budget, emplois du temps, installations, etc.).

Dans le courrier qu’il envoie à l’université pour lui annoncer sa démission, Pierre Bavazzano résume ainsi son sentiment : « Tous ces différents aspects me font penser que la filière STAPS est là pour absorber des étudiants, participer aux appels à projets comme la transformation des cursus ou autres, etc., mais ne doit surtout pas consommer de moyens afin que d’autres filières continuent à fonctionner tranquillement ».

La situation du département STAPS de Chambéry n’est pas isolée. Les structures ayant le statut d’UFR s’en sortent un peu mieux, mais d’une manière générale les STAPS sont souvent les parents pauvres de l’université. Les STAPS sont souvent citées en exemple, que ce soit au niveau de la transparence de la procédure ParcourSup, de la mise en place de l’approche par compétences, de la mise en place des fiches RNCP, de l’insertion professionnelle, ou des efforts réalisés en faveur de la réussite des étudiants. Mais quand il s’agit de répartir postes et budgets, on comprend vite où sont les priorités des universités. Entre les déclarations enfiévrées du ministère, les arbitrages des rectorats, et la gestion pusillanime des universités, les ressources promises s’étiolent petit à petit et les STAPS se retrouvent dans l’obligation d’accueillir de plus en plus d’étudiants, avec des cahiers des charges de plus en plus exigeants, et des moyens sans cesse plus contraints. Il y a toujours mieux à faire que de soutenir les STAPS, il y a toujours des disciplines plus prestigieuses, plus historiques, pour s’attirer les faveurs des universités. Que retient-on de la valeur ajoutée des STAPS dans l’université ? Qu’elles représentent une des filières les plus demandées par les lycéens ? Qu’elles accueillent les taux de boursiers parmi les plus importants de l’enseignement supérieur ? Qu’elles présentent des taux d’insertion professionnelle parmi les plus favorables de l’université ?

Nous gardons en tête le souvenir des 100 millions d’euros débloqués par Thierry Mandon en 2016 au profit des disciplines en tension, dont les STAPS (officiellement seule discipline en tension à l’époque) n’ont jamais vu la couleur. Nous nous souvenons aussi des postes et des budgets promis par le ministère en 2018, pour accompagner l’accroissement des capacités d’accueil dans le cadre du Plan Etudiants, et qui n’ont été attribués qu’au compte-goutte, souvent au prix de mobilisations locales au sein des académies et des universités. Lorsque nous avons averti le ministère, dès 2017, que nous allions tout mettre en œuvre pour améliorer la réussite des étudiants en première année, et qu’il faudrait envisager des moyens pour accompagner l’accroissement prévisible des effectifs en seconde, puis en troisième année de Licence, le Cabinet avait explicitement donné son accord. Un an après, nous avons compris que nous serions obligés de faire face sans aucune aide supplémentaire aux conséquences de l’accompagnement des étudiants en parcours adapté et de leur réussite.

L’enseignement supérieur se gargarise d’argumentaires lénifiants sur l’accueil et la réussite des étudiants, sur le rôle social de l’université, sur le caractère démocratique de ses institutions, sur la reconnaissance de l’engagement de ses enseignants. Mais plus on descend sur le terrain, et surtout sur le nôtre, plus on se rend compte que des hiérarchies historiques perdurent entre disciplines, que tous les étudiants ne se valent pas, et que les véritables priorités restent souterraines.

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Un commentaire pour Le directeur du département STAPS de Chambéry jette l’éponge

  1. thierry dit :

    Quel gâchis! La force et la faiblesse des STAPS c’est que bien souvent les structures sont pilotées par des passionnés qui au nom de cette passion en arrivent à accepter l’inacceptable…

    J'aime

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