2S2C : Derrière la belle histoire, la grande arnaque

Si le 2S2C n’est qu’un dispositif transitoire, destiné à accompagner le déconfinement dans les écoles, ce billet n’a pas de raison d’être. On ne peut qu’approuver un effort de la collectivité pour permettre aux enseignants de reprendre leur travail dans des conditions sanitaires décentes. Le message est bien présenté, pour tout dire bienveillant, avec des mots-clés bien choisis : « sport, santé, culture, civisme ». Un appel aux associations et aux bénévoles, aux solidarités locales, une approche « usagers », pragmatique, se détachant des pesanteurs administratives usuelles. Donc on ne peut que se féliciter de ce processus de solidarité, mis en place dans l’urgence, bricolé tant bien que mal sur le terrain, mais utile pour favoriser la reprise scolaire. Les UFR STAPS, contactés par les collectivités territoriales, ont d’ailleurs volontiers prêté main-forte au dispositif. Je tenais à dire cela d’entrée pour couper le pied à des interprétations biaisées de mes propos.

Dans ce contexte critique, il peut en effet apparaître complètement déplacé d’émettre une quelconque réserve. Mais l’enfer étant comme on le sait pavé de bonnes intentions, autant prendre un peu de hauteur. Est-on face à une démarche d’urgence ou à un dispositif pérenne ? La question mérite d’être posée. On se souvient que Jean-Michel Blanquer et Roxanna Maracineanu avaient déjà envisagé en février 2020, un dispositif « cours le matin, sport l’après-midi ». Par ailleurs, le 19 mai 2020, Jean-Michel Blanquer a affirmé devant les sénateurs réfléchir aux pistes pour l’école de demain et a évoqué une « nouvelle organisation du temps » avec « une place plus importante pour le sport et la culture ». Plus récemment, il a annoncé pour le futur une version allégée de l’École, avec une part plus importante de périscolaire. Sauf démenti officiel du ministère de l’Éducation Nationale, je n’aurais pas la naïveté de penser que le 2S2C n’était prévu que pour fonctionner quelques semaines. On ne crée pas un tel dispositif (conventionnement avec les fédérations, les communes, proposition de création d’un conseil local des sports) pour gérer l’urgence sur le court terme.

Quelques ambiguïtés

Les précautions oratoires de la présentation du 2S2C, concernant son volet sportif, sont assez étonnantes : « Il est important de distinguer l’EPS des Activités physiques et sportives. L’intervention du Mouvement sportif s’inscrit dans une continuité éducative, une intervention complémentaire […] et non en substitution de l’enseignement des professeurs d’EPS ». Néanmoins, et si je ne m’abuse, le sport, la santé, la culture et le civisme sont des mots-clés récurrents des programmes de l’EPS. Et si je reprends les objectifs listés dans la présentation du 2S2C : la remise en forme physique et psychologique, l’éducation à la santé, l’enrichissement de la motricité, la reconquête d’une pratique corporelle et sensorielle, l’éducation au civisme et à la citoyenneté, la coopération, le respect des règles, le respect de soi et des autres, je ne vois guère qu’un couper-coller des programmes de l’EPS… Il serait vraiment urgent que le ministère nous éclaire sur cette distinction assez subtile entre l’EPS et le versant sportif du 2S2C, ainsi que sur la nécessité d’une intervention complémentaire, à propos d’objectifs qui sont déjà explicitement poursuivis par une discipline d’enseignement. Et l’EPS n’est pas la seule discipline concernée (voir notamment la réaction du SNES).

Mettons les choses au point. Les enseignants EPS sont formés à Bac+5 pour enseigner leur discipline. Leur compétence est d’être capables d’enseigner une diversité d’activités sportives et artistiques, pour tous les élèves, dans le respect des différences de sexe, ou d’origine sociale. Ils sont formés pour prendre en compte les différences interindividuelles, en termes de motivation, d’aspirations, d’aptitudes. Ils sont attentifs à la dynamique des groupes, afin de faciliter la coopération, d’éviter tout effet pervers (humiliation, mise à l’écart, etc.). Ils travaillent dans la durée, traversant au fil de la scolarité de multiples activités sportives ou artistiques avec leurs classes.

Je sais que l’on va ici crier au corporatisme, à la défense un peu hautaine d’un statut d’enseignant, formé à l‘université et recruté sur un concours national. Avec en filigrane : des éducateurs sportifs feraient tout aussi bien l’affaire. Je ne tiens pas à entrer dans ce débat : les éducateurs sportifs ont leurs compétences, situées dans certaines conditions d’exercice et des publics bien spécifiques. Je les respecte, et d’ailleurs nombre d’entre eux sont formés dans les UFR STAPS. Les enseignants ont d’autres compétences, et ce n’est pas le même métier.

Des inquiétudes sur la mise en place du 2S2C

Dans le cadre actuel du 2S2C, on ne se limite d’ailleurs pas aux éducateurs sportifs, disposant au moins d’une carte professionnelle attestant de leur capacité à prendre en charge des groupes, en toute sécurité, sur des activités sportives. On voit apparaître sur certains sites rectoraux des listes potentiellement beaucoup plus étendues (intervenants associatifs, intervenants de statut privé non associatifs, personnels municipaux, et bénévoles : parents d’élèves, retraités, étudiants…). On leur propose aussi quelques fiches pédagogiques, glanées ici et là. Ceci permet-il de construire la professionnalité requise pour assurer des missions d’enseignement, telles que décrites plus haut ? Par ailleurs, quand on voit fleurir les annonces de communautés de commune recherchant des bénévoles pour assurer le 2S2C (voir ci-dessous), on peut avoir quelques inquiétudes (et l’on peut supposer qu’à 110 euros pour 6 heures d’intervention, les éducateurs sportifs ne vont pas nécessairement se bousculer au portillon…).

Mais on a l’impression que les compétences de l’intervenant importent peu, et que des effets en termes de santé, d’attitudes citoyennes, d’apprentissages moteurs, apparaîtront comme par magie, au simple contact de l’activité. Les contributions qui accompagnent le dispositif insistent avant tout sur la nécessaire quantité de pratique (une heure et demie par jour). L’essentiel est de multiplier les opportunités de « gesticulation sportive », en se disant qu’évidemment les élèves vont y adhérer et en tirer profit. Cette idée me semble d’une telle naïveté que je suis surpris de voir des politiques de haut niveau l’envisager. Puisque l’on se targue actuellement de piloter scientifiquement l’enseignement, je conseille aux décideurs de consulter les travaux scientifiques, notamment réalisés par les chercheurs en STAPS, sur la difficulté de transformation des attitudes et des valeurs, ou de l’acquisition de nouvelles techniques motrices, dans le cadre des activités sportives ou artistiques. Ce n’est certainement pas au travers d’animations encadrées par des bénévoles, retraités, parents d’élèves, que l’on pourra espérer des évolutions tangibles. Ce n’est certainement pas au travers d’une « garderie sportive » que l’on va engager une éducation pour la santé, inciter à l’adoption de modes de vie plus actifs, sur le long terme. On peut aussi évoquer les problèmes de sécurité, pour lesquels les enseignants d’EPS ont une formation approfondie, dans l’ensemble des activités qu’ils sont susceptibles d’encadrer.

Le 2S2C ne concerne pas que la pratique sportive, et comprend aussi une valence citoyenneté. On peut aussi avoir quelques inquiétudes à ce sujet, et un communiqué du FSU-95 met clairement en alerte sur ce sujet : « Des questions se posent dès aujourd’hui quand il est envisagé de confier à des associations ou des municipalités, l’éducation à la citoyenneté. Quelles garanties, dans un moment où la surcharge d’activités rendra inopérante les habituels dispositifs de vigilance, que cela ne puisse être l’occasion de tentatives idéologiques contraires aux idéaux et aux valeurs de la république et de la démocratie ? Sommes-nous prêts à accepter que l’éducation à la citoyenneté de nos enfants soit confiée à des intervenants qui défendraient l’exclusion raciale, qui fustigeraient les principes d’égalité entre les hommes et les femmes, qui nieraient le droit à une sexualité librement choisie ou qui instrumentaliseraient l’histoire à des fins nationalistes ? ». Alors que l’on a introduit dans les concours une épreuve orale « Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable », quel contrôle sur les intervenants extérieurs du 2S2C ?

Ajoutons que le 2S2C va évidemment poser de sérieux problèmes d’inégalités sociales et territoriales. Les collectivités locales n’ont pas toutes la possibilité ni la volonté d’organiser des activités de même valeur. La récente réforme des rythmes scolaires en a fait la claire démonstration. C’est donc un accroissement des inégalités qui se dessine. Quel 2S2C à Neuilly-sur-Seine, quel 2S2C dans les quartiers nord de Marseille ? Derrière les bilans triomphants sur les centaines de villes qui ont déjà signé des conventions, combien de milliers d’écoles et d’établissements, notamment dans les territoires ruraux, ne pourront en bénéficier ? Lorsque Pascal Rioche décrit le 2S2C comme « l’effort de toute la Nation pour réduire les inégalités sociales du confinement », je me dis que nous n’avons pas les mêmes références sociologiques.

Enfin le 2S2C, tel qu’il est proposé actuellement, s’installe clairement dans le temps scolaire, et rentre d’ores et déjà en concurrence avec les cours d’EPS, pour l’accès aux installations sportives (voir par exemple l’article de Yannick Delneste, évoquant un mail reçu par des enseignants bordelais : « dans le cadre du plan de réouverture des écoles élémentaires, je vous informe que la Ville de Bordeaux œuvre actuellement à l’organisation du plan 2S2C «Sport, Santé, Culture, Civisme» […] pour lequel l’ensemble de nos équipements sportifs sera prioritairement affecté ». Interventions complémentaires (même si Pascal Rioche parle plus explicitement d’« augmenter le temps de présence des enfants à l’école par des enseignements en dehors de la classe »), réalisée par des non-enseignants mais poursuivant des objectifs similaires à ceux de l’EPS, et occupant les installations nécessaires à l’enseignement de cette discipline…

Le 2S2C, au risque d’être un peu provocateur, c’est actuellement recruter n’importe qui, pour animer des séances de n’importe quoi. On peut toujours me rétorquer que les objectifs du dispositif sont plus nobles. Je ne suis pas assez naïf pour gober les slogans flatteurs. Ce sont les mises en œuvre qui me préoccupent, et pour former des enseignants depuis des années, je sais la difficulté qu’il y a à construire leur professionnalité, pour qu’ils puissent commencer à envisager de poursuivre ce type d’objectifs. Mais soyons clair : dans le 2S2C l’essentiel est d’occuper les élèves, avec des activités les moins inutiles possibles. Ce qui dans le contexte actuel mérite sans doute une certaine indulgence.

Et l’École d’après ?

Comme évoqué en introduction, derrière les discours enjôleurs louant le 2S2C se cache de toute évidence un autre projet, à plus long terme, qui risque de modifier profondément le système scolaire. Jean-Michel Blanquer en a clairement tracé les lignes : recentrer l’École sur les apprentissages fondamentaux (« lire, écrire, compter, respecter autrui »), développer les activités périscolaires, notamment pour les activités sportives et culturelles (avec le 2S2C comme tête de pont), développer l’enseignement à distance (il faudra revenir sur cet aspect, on peut à ce sujet consulter un billet récent de Philippe Meirieu). Tout ceci générant en passant de confortables économies d’échelle, qui sont sans doute la motivation principale de ces orientations. On peut supposer que ce resserrement de l’École sur ses « missions fondamentales » sera une solution pour financer les revalorisations salariales récemment promises aux enseignants par leur ministère… Ce qui est petit à petit instillé dans les mentalités, c’est une ubérisation des interventions pédagogiques, avec des personnels venant à la demande, sans appartenance de corps, flexibles et bien sûr mal payés.

Ce projet consiste clairement à externaliser de l’École des enseignements jusqu’ici considérés comme régaliens. Des enseignements pilotés par des programmes nationaux, régulés par des corps d’inspection, réalisés par des enseignants recrutés sur des concours nationaux. Des enseignements qui devraient conserver une cohérence nationale, dans le respect strict des principes républicains. Il s’agit d’une rupture historique des fondements de l’École républicaine, qui supposent que la scolarité obligatoire demeure sous le contrôle de l’État, dans ses objectifs et ses mises en œuvre. La scolarité obligatoire repose aussi sur un principe d’égalité, voire même de compensation active des inégalités. Donc au moins un principe d’application uniforme sur l’ensemble du territoire national. C’est une vision qui me semble faire consensus chez la majeure partie des enseignants, qui a accompagné les évolutions du système éducatif, du moins depuis le Plan Langevin-Wallon, au sortir de la seconde guerre mondiale (ce qui n’empêche pas certains discours moins généreux, voir notamment le billet récent de Jean-Paul Brighelli). On aura compris que dès que l’on exclut certains enseignements de ce socle commun, que l’on en reverse la charge sur les familles et les collectivités locales, et l’exercice à des intervenants extérieurs, on rompt le principe d’égalité qui fonde la scolarité obligatoire.

Cette distinction entre enseignements fondamentaux et enseignements accessoires (culture, sport, arts, etc.) est une antienne rassurante, périodiquement recyclée pour argumenter un retour aux sources, vers une École qui ne se disperse pas dans des futilités, qui se resserre sur « ce qu’il est interdit d’ignorer ». Pour ceux  qui y  verraient un retour à cette École des origines, on peut rappeler cet extrait du discours de Jules Ferry au congrès pédagogique des instituteurs de France du 19 avril 1881 : «Tous ces accessoires auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du ‘’lire, écrire, compter’’: les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel de l’atelier placé à côté de l’école, le chant, la musique chorale. Pourquoi tous ces accessoires ? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce que ces accessoires feront de l’école primaire une école d’éducation libérale. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau ».

Pour en revenir à l’EPS, on ne peut qu’être surpris de la fascination aveugle, proprement idéologique de Jean-Michel Blanquer vis-à-vis du « modèle allemand » (« cours le matin, sport l’après-midi », fascination anachronique, mais aussi irréaliste. Anachronique car cette approche, développée outre-Rhin dans les années 1950 pour des motifs essentiellement socio-économiques (un pays dévasté par la guerre, manquant d’enseignants et d’infrastructures) a été depuis largement remis en cause, notamment suite aux évaluations PISA de 2005 qui démontraient un net retard des écoliers allemands sur les « apprentissages fondamentaux » si chers à notre ministre. Irréaliste car il est pratiquement impossible de concentrer les cours d’EPS le matin (45% des cours se déroulent sur le créneau 13h-18h), pour libérer en après-midi les installations pour les interventions périscolaires. Tout ceci dénote une  méconnaissance complète de l’inventaire des installations sportives en France, de leur utilisation « normale » et de leurs qualités. Une expérimentation à grande échelle a d’ailleurs été réalisée de 2010 à 2012, alors que Jean-Michel Blanquer était à la tête de l’enseignement scolaire. Un rapport de la DEGESCO de 2013 concluait «  qu’une généralisation nationale du dispositif « Cours le matin, Sport l’après-midi » n’est ni envisageable en raison de contraintes techniques et matérielles insurmontables, ni forcément souhaitable ». Perseverare diabolicum…

Le ministère pourrait être tenté de s’en sortir en abandonnant l’idée de pérenniser le 2S2C pour le secondaire, mais en le conservant pour la scolarité primaire, en arguant par ailleurs que le recours à des intervenants extérieurs à ce niveau est déjà courant. On peut ici rappeler que ces interventions s’effectuent à l’initiative des enseignants, sous leur responsabilité et souvent en leur présence, dans le cadre de projets décidés par les équipes pédagogiques, et par le biais d’associations traditionnellement agréées pour participer à ces actions. Et là encore, l’enseignement en école primaire est en dehors du champ de compétence de l’intervenant lambda. Les parents qui ont dû s’y sont essayer durant la période de confinement comprendront…

On pourra aussi pointer l’EPS, et dire que justement les professeurs des Écoles sont parfois démunis par rapport à cet enseignement. Il faut se demander peut-être si les formations et les concours de recrutement, pilotés par le ministère, ne sont pas à l’origine de ce déficit relatif. On ne peut pas sciemment construire une situation pour l’exploiter ensuite. Enfin si l’on considère que le cycle 3 regroupe depuis 2015 les deux dernières années de l’enseignement primaire et la classe de sixième, on pourrait sans doute penser à d’autres solidarités au sein du système scolaire, plutôt que d’aller chercher les compétences à l’extérieur de l’École (voir à ce niveau le récent billet de Maxime Scotti).

On peut évidemment ne voir dans ces réserves que des résistances corporatistes. Pascal Rioche considère le 2S2C comme une mesure de « bon sens », une tentative heureuse pour « secouer l’immobilisme de l’Éducation Nationale ». Selon lui, il n’y a aucun danger pour l’EPS et le sport scolaire, qui sont « bien ancrés dans le paysage éducatif français ». Il s’agit au contraire « de renforcer la place de l’enseignant d’éducation physique dans le système éducatif ». Donc n’allez surtout pas croire que l’on vous refait le coup des Centres d’Animation Sportive de 1975, ayez confiance…. (Kaa et Mowgli, pour ceux qui n’ont pas capté). Les arguments qui précèdent lui permettront peut-être d’y voir plus clair…

Je renvoie le lecteur à la tribune de Laurent Petrynka, qui situe en effet le 2S2C comme le prémisse d’un projet beaucoup plus large, visant à mettre en synergie l’ensemble des acteurs du sport : « du centre de loisirs, à l’école, au club, au collège, lors de la pause méridienne, à l’association sportive du collège ou du lycée, nous devons organiser la journée afin que chaque enfant puisse bouger tous les jours. C’est le sens du programme sport, santé, culture, civisme proposé par le ministre de l’Éducation nationale. Jean-Michel Blanquer pose les bases ambitieuses d’une approche « usagers » de la pratique des jeunes ». Dans cette optique, l’EPS et le Sport Scolaire ne constitueraient que des moyens, interchangeables avec d’autres, pour occuper le « temps sportif » des enfants.

Franchement, s’il existait une autre solution que l’EPS, discipline scolaire obligatoire, pour engager sur les pratiques sportives l’ensemble des enfants et adolescents de ce pays (et pas uniquement ceux qui y sont spontanément orientés par leurs familles), on l’aurait trouvé depuis longtemps. Si l’on est convaincu que le développement de la pratique des activités physiques, sportives et artistiques chez les enfants et les adolescents est un enjeu essentiel de santé publique et de bien-être de la population, c’est l’EPS qu’il convient de renforcer, à tous les niveaux de la scolarité obligatoire. Toute autre stratégie ne fera que renforcer les inégalités, déjà fortes dans ce pays, dans l’accès à ce besoin essentiel. On peut trouver pour le moins étonnant qu’un Inspecteur Général de l’Éducation Nationale, membre du Groupe EPS, soutienne et organise une procédure qui ne pourra qu’affaiblir et à terme exclure de l’École la discipline dont il a la charge.

Je reprends pour finir cet extrait de la tribune de Brest Métropole : « Si la crise sanitaire a de fait obligé à modifier le fonctionnement de l’École, l’institutionnalisation de mesures conjoncturelles prises en urgence, remettrait en cause les principes fondateurs de notre école républicaine« 

En références additionnelles, un florilège de réactions, venues d’horizons divers :

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17 commentaires pour 2S2C : Derrière la belle histoire, la grande arnaque

  1. Arman dit :

    Un texte plein de bon sens. Merci !

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  2. Thöni dit :

    Cher Didier, Merci pour cette analyse à laquelle j’adhère pleinement. Le projet 2S2C dans la forme comme dans le fond risque à terme, d’aller à l’encontre de sa finalité première, à savoir la promotion de l’activité physique favorable à la santé des élèves et étudiants, enfants, adolescents ou jeunes adultes. A moins que la finalité annoncée ne soit pas tout à fait celle réellement recherchée.
    On pourrait s’inquiéter de l’étonnante similitude de la méthode décrite ici avec celle mise en œuvre voilà quelques temps dans le champ de l’Activité Physique Adaptée. Ceci s’est concrétisé par la publication du décret 2016-1990 dit ‘du sport sur ordonnance’ (de ses annexes et des instructions associées) qui attribuait en quelques lignes les prérogatives de toute une profession, également diplômée à bac+3 ou bac+5 par les UFR STAPS, celle des enseignants en APA chargés de  » l’Education Physique  » des personnes handicapées, malades chroniques et/ou âgées, à des animateurs bénévoles, des éducateurs/coachs sportifs ou des professionnels de santé. Le texte conduisit même paradoxalement à retirer à ces professionnels la compétence de l’accompagnement de l’activité physique prescrite par le médecin traitant pour les personnes ayant les capacités fonctionnelles les plus affaiblies par l’âge, la maladie ou le handicap.
    Espérant que le projet 2S2C ne finisse pas par conduire aux mêmes perspectives dans le domaine éducatif que ce qui est observé depuis 5-6 ans dans le domaine de l’activité physique adaptée. Bien que s’adressant à des publics en grande partie distincts, une réflexion solidaire conjointe entre enseignants d’EPS et enseignants en APA permettra peut-être à l’avenir de construire les bases d’une promotion de l’activité physique plus respectueuse des professionnalités issues des formations sous tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, que sont les formations STAPS.

    G. Thöni, PhD.

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  3. Zou dit :

    Les déclarations de Laurent Petrynka dans la presse sons sans doute le meilleur moyen de comprendre la vision du projet ministériel. Son parcours professionnel montre qu’il est l’un des rares, et en EPS sans doute le seul, inspecteur général à avoir l’oreille du ministre.
    Enfin, la grande proximité entre Sportmag et Laurent Petrynka n’est plus à prouver, ce dernier lui ayant sous-traité « l’information » de l’UNSS quand il était à sa tête, une externalisation couteuse, mais côté choix financiers chaotiques, l’UNSS avait déjà de l’expérience…

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  4. Je suis musicienne intervenante et je souscris à l’intégralité de ce texte intelligent et bien argumenté. Je suis particulièrement sensible à la réflexion de fond sur le bien commun pour une population jeune dont l’Etat, quoi qu’on en ait dans les milieux de gauche attachés à la liberté individuelle, se retrouve en charge pour sa santé de long terme et son ouverture intellectuelle (face aux écrans et à la sédentarité généralisés par notre société de libres consommateurs responsables. (hum hum).)

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  5. Abonnen Denis dit :

    Cher Didier, en référence additionnelle tu peux ajouter les textes parus sur le site de l’AE-EPS.
    J’ai suivi le débat…quel débat dans la mesure où vos interlocuteurs (à Twiggy et à toi) n’étaient absolument pas dans l’écoute?
    Comment peut-on confier la responsabilité d’un tel projet à une seule personnalité du monde politique et à une seule du corps d’inspection?
    A bientôt.
    Bien Amicalement.
    Denis A

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  6. Nathalie Martin dit :

    Merci pour cette analyse lucide que je partage …L’école et l’eps à l’ère néolibérale, du néotravail..

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  7. couturier dit :

    La démonstration est imparable.
    Bravo

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  8. HONNORE dit :

    Merci M. DELIGNIERES , cher collègue, pour cette analyse pertinente, convaincante et l ensemble de vos interventions récentes pour expliquer les dangers actuels qui menacent l EPS. Notre discipline aura besoin de la mobilisation unitaire de tous ceux qui oeuvrent pour son utilité auprès de toute la jeunesse. Les universitaires doivent rapidement vous rejoindre en grand nombre pour venir soutenir par la reflexion et un positionnement déterminé nos actions qui, partout sur le territoire ,cherchent à contrer cette externalisation scolaire de notre disipline.
    Merci de rester mobilisé.
    P.H prof EPS TOULON

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  9. jean VANGIONI dit :

    C’est un texte plein de bon sens ! Les craintes que j’éprouvais ,il y a 20 ans alors que j’exerçais en tant qu’IPR, de voir disparaître l’EPS des programmes scolaires, sont toujours présentes ! Il faut quand même reconnaître que nombre d’enseignants et même le SNEP n’ont pas toujours su ni voulu faire la différence entre EYPS et APSA, tant dans leurs conceptions de l’enseignement que dans les pratiques, ce que j’avais modestement esquissé dans mon livre « Programmes et apprentissages
    édite en 1998 par la revue EPS
    Bien cordialement à toi que j’ai parfois rencontré dans des regroupements de concours.
    Jean VANGIONI

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  10. ThierryM dit :

    Bonjour,
    Texte très clair. Merci.
    On pourrait rajouter qu’il existe aussi l’USEP dans le premier degré (comme l’UNSS dans le secondaire) et que le fait de ne pas « s’appuyer » sur elle est aussi révélateur. Mais là aussi, faudrait-il encore lui donner les moyens pour pouvoir le faire…

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  11. HAYE Guy dit :

    De la génération de Jean Vangioni nos souvenirs nous font faire les mêmes remarques.
    L’argumentation de Didier Delignières est impeccable. J’y souscris totalement
    Rapprocher l’EPS du monde sportif pour construire une pratique tout au long de la vie est louable. Dans le dispositif institutionnel, les BE sont le joker des politiques.
    Tout faire pour empêcher avant 2022…

    J’ai formé des instituteurs, des profs d’EPS, j’ai des BE et j’ai formé des BE, ancien président d’un comité régional de gymnastique sportive. Guy Haye

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  12. titouanerwan dit :

    pendant ce temps; 70 000 euros du ministère des sport vers l’UNSS ont disparus.

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  13. Lepoix dit :

    Didier se déchaîne, tant mieux on aura besoin de tous pour faire échec à ce nouveau mauvais coup porté à notre discipline. Décidément on n’en finira jamais de devoir justifier du bien-fondé de l’eps comme contribution indispensable à la formation de tous à l’école.
    Jp
    Jp

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    • roudot dit :

      on n’en finira jamais de justifier: ce n’est pas au niveau de la compétence,de la professionnalité que se situe la lutte.les décideurs se contrefoutent des travaux scientifiques;la fascination de Blanquer n’est pas pour le modèle Allemand mais pour la théorie néo -ultra libérale.Barbara stiegler dans son ouvrage « s’adapter.. » 2019 nous fait remonter à la source des inspirateurs; voir son interview sur France inter.le 13 octobre 1978 tout était déjà en place M.Thatcher allait arriver,tout comme le plan « france télécom » d’une brutalité inouï.ceux qui ne s’adapterons pas auront la « liberté de choisir »
      il semble qu’aujourdhui les tabous existent toujours sur ce Darwinisme appliqué à la politique,seuls les plus forts doivent survivre;il n’en est pas question dans l’article.alors le problème de la santé….
      pendant que l’ultra libéralisme se saisit du moindre choc (théorisé par Noémie Klein) voir crée des chocs en permanence, vingt associations tentent de penser « l’après »au travers de trente quatre propositions qui ne remettent en rien le cadre et sont donc inexploitables.
      en ce qui concerne l’école,on est confronté à ce que Bernard Stiegler pointe:l’incompréhension de l’ Uninersité face à la révolution du numérique.
      alors il est temps de » BIFURQUER » titre de son dernier ouvrage avec Alain Supiot.

      bien cordialement

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  14. FOURET dit :

    Tout est dit. Blanquer nous propose un monde d’après pire que le monde d’avant avec comme seule motivation des économies monétaires et un coin enfoncé dans l’école égalitaire de la République pour le plus grand plaisir de l’enseignement privé.

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  15. Suchecki dit :

    Merci pour cette analyse que j’avais déjà bien perçue pendant le debat besport! Je me pose une question tout de même et notamment à M. Petrynka. Faire en sorte que l’élève vive davantage d’APS, n’est ce pas le rôle de l’Association sportive? Peut-être faudrait il simplifier l’accès des élèves aux AS? Gratuité pour une vraie égalité, vraie intégration de l’AS au fonctionnement des établissements sans avoir à calculer son budget qui permettra ou pas d’emmener nos élèves aux rencontres! En effet pour faire fonctionner les AS, les enseignants doivent s’improviser boulangers, fleuristes, vendeurs de crêpes et j’en passe… les moyens sont là, la motivation aussi, alors pourquoi réfléchir à un nouveau dispositif?

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  16. Philippe Ricard dit :

    « Ce qui se conçoit aisément s’énonce clairement » : merci pour cette analyse claire, complète, pertinente et forcément inquiétante.

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